Préface (extraits)

Anthropologue, amateur de culture brésilienne en général et de capoeira en particulier, j’ai souvent regretté l’absence d’un ouvrage comme celui-ci. Je n’avais, jusqu’ici, jamais eu en main un beau livre sur cet art envoûtant. Des publications existent bien sûr, et certaines sont même parues en France. Mais la plupart du temps elles déçoivent (…)

Capoeira, danse de combat comble une lacune. (…) Cet ouvrage nous donne un sentiment d’exhaustivité : pratique et vivant, il foisonne d’informations claires et d’images parlantes. Arno Mansouri nous livre ici une vision transversale, cohérente et historiquement fondée, grâce aux informations qu’il a recueillies auprès des capoeiristas ; grâce aussi aux nombreux documents qu’il est allé consulter dans des archives diverses, et dont il nous restitue ici les plus représentatifs.

Par des sources souvent ignorées et une riche iconographie (une appréciable sélection des classiques de Verger, Carybé, Raul Pederneiras et Calixto, ainsi que de nombreuses images inédites), ce livre nous invite à entrer dans un univers complexe où s’articulent des éléments de mythologie nationale et des expériences collectives et personnelles variées. Tous les personnages de cette belle et longue histoire sont présents : les esclaves fiers ou rebelles ; les gangs de Maltas plus ou moins mercenaires dans les villes du début du XXème siècle en expansion cahotique ; les malandros du vieux Rio, “foulard de soie rouge au cou et lame effilée dans la poche” ; les maîtres Bimba et Pastinha (fondateurs des capoeiras modernes) ; les intellectuels et hommes d’État soucieux d’authenticité nationale ; les jeunes laissés pour compte qui y trouvent une discipline, un mode de vie et des valeurs ; les initiés des cultes afro-brésiliens pour qui elle fait partie intégrante de la sociabilité communautaire ; les sportifs qui s’entraînent à la sortie des bureaux, fuyant la routine du quotidien. (…)

Capoeira, danse de combat, est une allégorie du Brésil. On y reconnaît pleinement ce Brésil dualiste, dans lequel il est si doux de vivre et qui pourtant fourmille de contrastes criants. On y revit les jeux de séduction, la langueur des danses de salon, la joie trépidante d’une samba-de-roda, l’humour du théâtre populaire, la mystique diffuse et omniprésente du Brésil urbain et rural. Mais on peut aussi s’y rappeler la chaleur parfois hypocrite des abraços (accolades) incontournables, ou la violence sournoise de la rue.

Plus encore, ce livre nous donne accès à certains aspects fondamentaux de la vision du monde et de la façon d’être au Brésil. Car la capoeira est une ode à cette capacité à vivre sur le fil de la lame, dans un équilibre instable où les règles du jeu, clairement établies, sont néanmoins fondées sur l’improvisation. Les règles sont justement là pour qu’on joue avec elles. Dans ce combat sans coup porté ni vainqueur, tout est rapport de force, mouvement, dynamique. Tout y est aussi recherche esthétique, recherche du style individuel, de l’harmonie collective, de la complémentarité ou de l’entrelacement d’un “vrai” jeu.

Capoeira, danse de combat, est une invitation à découvrir le Brésil à travers une pratique ancestrale, qui n’est devenue que récemment un symbole de la culture brésilienne, reconnu internationalement comme tel. Par son approche d’observation fine, méthodique et neutre, Arno Mansouri nous initie à cet univers coloré aux nombreuses facettes. Il donne au pratiquant de capoeira, au “brésilianiste” ou à l’amateur d’arts martiaux, les clés fondamentales pour entrer au cœur de la roda.

Vassili RIVRON
(Centre de Recherches sur le Brésil Contemporain
École des Hautes Études en Sciences Sociales)




Né en France en 1975, Vassili Rivron est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble et docteur par l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Ayant longtemps vécu en Amérique Latine, dont huit ans au Brésil, il entretient des rapports étroits avec ce pays où il prépare également un doctorat en Anthropologie Sociale (Museu Nacional / Université Fédérale de Rio de Janeiro). Ses travaux portent notamment sur les rapports, dans le Brésil du XXème siècle, entre la création d’un marché national de la littérature (avant-gardes modernistes, historiens et critiques) et de la musique populaire (folklore, radio) et la genèse d’un patrimoine culturel.